vendredi 17 avril 2026

L’Iran au-delà du mythe d’un peuple uni

Par Siyavash Shahabi*

L’un des clichés les plus éculés concernant l’Iran est l’idée qu’un «peuple» unique et unifié s’oppose à un «régime» unique et unifié. Cette formule fonctionne bien pour les gros titres, pour le journalisme hâtif et pour les commentaires moraux simplistes. Mais lorsqu’il s’agit de comprendre la réalité politique, elle est presque inutile. La société iranienne n’est pas un bloc homogène. C’est un champ de conflit entre des projets politiques opposés. La guerre, la répression, l’impasse des réformes et «réformistes», l’effondrement de la légitimité politique et le souvenir des soulèvements ensanglantés n’ont pas créé ces divisions ni ne les ont inventées. Ils les ont simplement ramenées à la surface.

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Yashar (g.) & son frère Kaveh Darolshafa.

Yashar Darolshafa, militant iranien, emprisonné à Evin. Il a consacré diverses études à l’histoire du mouvement ouvrier iranien. Il participa à la mobilisation étudiante à l’université de Téhéran en 1999 et fut expulsé de l’université. Il fut aussi emprisonné pour avoir participé en 2009 au Mouvement vert (soulèvement post-électoral suite à l’élection frauduleuse de Mahmoud Ahmadinejad). Fut à nouveau emprisonné parce que manifestant pour la libération des prisonniers politiques en 2015. Il a de nouveau été arrêté lors du soulèvement du 21 novembre 2025. Il se réclame du marxisme humaniste et est l’auteur de nombreuses études marquées par une grande érudition.

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C’est précisément là que réside l’importance de l’essai de Yashar Darolshafa** (publié en farsi sous le titre «Quatre peuples face à la révolution, au changement de régime et à la guerre»). Il ne cherche pas simplement à dire que la société iranienne est diversifiée. Tout le monde le sait déjà, et le répéter n’apporte pas grand-chose. Son véritable argument est plus profond: dans l’Iran d’aujourd’hui, «le peuple» n’est pas le nom d’une unité politique. C’est un champ de lutte. Chaque projet politique crée son «propre peuple», désigne son propre ennemi, définit quels coûts sont acceptables et donne sa propre forme à l’avenir. C’est pourquoi la question principale n’est plus «que veut le peuple? ». La véritable question est: quel peuple, avec quelle conception de la liberté, de la survie, de la justice, de la guerre et du changement?

[Yashar Darolshafa commence son essai ainsi: «Aux moments charnières de l’histoire, les sociétés se fractionnent plus que jamais, non seulement sur le plan politique mais aussi, à un niveau plus profond, dans le domaine de la “perception collective de soi”.» – Réd.]

Pour les observateurs non iraniens, ce point est encore plus important. Une grande partie des écrits internationaux sur l’Iran oscille encore entre deux pôles simplistes: un État autoritaire d’un côté, et une société en quête de liberté de l’autre. Mais ce que l’on voit de l’extérieur comme «le peuple iranien» n’est en réalité pas un camp unique. En son sein, il existe au moins quatre horizons politiques concurrents.

Ils diffèrent non seulement dans leur rapport à la République islamique, mais aussi dans leur compréhension du problème lui-même. Pour l’un, la question centrale est la survie. Pour un autre, c’est la chute du régime à tout prix. Pour un troisième, c’est une transition laïque et légale. Et pour un quatrième, c’est une révolution sociale contre le régime, l’impérialisme et le système de classe dominant, tout à la fois.

Le texte de Darolshafa doit être lu comme une carte de ce fractionnement même.

Dans quelle perspective Darolshafa écrit-il?

Yashar Darolshafa ne peut être considéré comme un simple commentateur politique parmi d’autres. Ses écrits se situent généralement à la frontière entre l’économie politique, la vie universitaire, l’histoire des luttes étudiantes et la critique des récits tant officiels que de l’opposition concernant l’Iran. Ce contexte est important, car il explique pourquoi, dans son œuvre, «le peuple» n’est pas traité comme un concept moral ou abstrait, mais comme une catégorie matérielle, historique et débattue. Il écrit dans une perspective qui tente de faire descendre la politique du niveau des grands slogans renvoyant à la nation, à la liberté et à la démocratie, pour la ramener au niveau des forces sociales, de l’expérience vécue et des intérêts conflictuels.

Yashar Darolshafa est un chercheur de gauche et un militant politique et étudiant qui est présent sans interruption dans le mouvement étudiant iranien depuis le milieu des années 2000. Il était doctorant en protection sociale et santé sociale à l’Université des sciences de la protection sociale et de la réadaptation, et sa thèse portait sur l’impact des manifestations ouvrières sur le bien-être des travailleurs et travailleuses dans l’Iran postrévolutionnaire. Parallèlement, il a rédigé de nombreux articles sur les études marxistes, l’histoire des luttes ouvrières et l’économie politique.

Yashar Darolshafa fait partie de ces figures qui ont contribué à établir un lien entre la gauche, l’université et l’expérience carcérale. Des arrestations qui ont suivi le mouvement étudiant des années 2000 aux condamnations ultérieures après les manifestations de novembre 2019, il a passé une grande partie de sa vie sous la pression de la répression étatique.

En ce sens, son essai est plus qu’une taxinomie froide. C’est une sorte d’intervention dans le champ de l’interprétation de l’Iran. Une intervention contre deux simplifications à la fois: contre ces récits qui dissolvent complètement le peuple dans le régime, et contre ceux qui réduisent le peuple entièrement à l’opposition libérale ou monarchiste.

Ces quatre formations politiques ne sont pas tombées du ciel. Elles sont le produit d’une décennie dense de crise: effondrement économique, répression sanglante des manifestations, précarité de l’emploi, destruction de la vie quotidienne, échec des espoirs de réforme, guerre et sanctions, et le sentiment croissant que la République islamique n’est pas seulement irréformable, mais structurellement opposée à sa propre société. Pourtant, cette expérience partagée n’a pas conduit tout le monde à la même conclusion. Au contraire, des réponses différentes, voire opposées, ont émergé de cette même crise.

C’est précisément là que Yashar Darolshafa parle de «quatre peuples». Bien sûr, cette classification n’est ni absolue ni rigide. Ses frontières sont fluides et, dans la réalité sociale, elles se chevauchent souvent. Mais en tant qu’outil analytique, elle nous aide à comprendre pourquoi des personnes vivant dans le même pays, sous le même ciel, et parfois même au sein de la même classe économique, peuvent imaginer l’avenir de manière complètement opposée.

Le premier peuple: ceux qui voient la République islamique comme un élément de leur propre survie

Le premier groupe comprend ceux qui, en période de crise, se rangent du côté de la République islamique. Yashar Darolshafa soulève ici un point important: cette base sociale ne doit pas s’expliquer uniquement par la notion de rente, de privilège ou d’avantage matériel. Cette explication rend compte d’une partie de la vérité, mais passe à côté de l’essentiel. Une partie de la base qui soutient la République islamique entretient avec elle une relation véritablement identitaire, idéologique et existentielle. Pour ce groupe, le régime n’est pas simplement une machine de répression. C’est aussi une sorte de bouclier contre le monde extérieur, contre l’Occident, contre l’humiliation historique, et en même temps un vestige d’un discours axé sur la justice qui s’exprime au nom des mostazafin, des déshérités.

Ce point est essentiel pour toute analyse sérieuse de l’Iran. Les difficultés économiques ne se transforment pas automatiquement en opposition au régime. Un travailleur, une personne pauvre, quelqu’un en marge de la société ou issu des classes défavorisées peut encore trouver un sens à sa souffrance au sein du discours religieux et anti-occidental de la République islamique. Ces personnes peuvent voir la corruption, tout en continuant à ressentir, à un niveau plus profond, que le régime est «le leur». Dans le texte de Yashar Darolshafa, ces personnes sont désignées par une appellation qui véhicule déjà une vision du monde: la «Nation de l’imam Hossein» [le troisième Imam des Chiites Imamites, duodécimain]. En d’autres termes, un peuple qui conçoit la survie, la résistance, la religion et l’État comme un tout politique.

Cette formation ne peut être simplement écartée par la moquerie. Si elle n’est pas comprise, l’une des sources les plus réelles de la pérennité de la République islamique sera ignorée.

Le deuxième peuple: ceux qui accueillent la guerre comme un raccourci vers la libération

À l’opposé, Yashar Darolshafa évoque ceux qui accueillent la chute de la République islamique par la guerre et l’intervention étrangère. Cette partie de la société, surtout après les défaites répétées des mouvements de protestation, est parvenue à la conclusion qu’il ne reste plus de voie interne pour renverser le régime. Ainsi, si une force extérieure semble prête à accomplir ce que le peuple n’a pas pu faire, elle doit être accueillie favorablement, même si le prix à payer est la destruction, la mort de civils et l’effondrement de la vie sociale.

Nous sommes, ici, en présence d’une logique politique et morale d’une importance effective. Pour cette force, la question principale n’est plus les crimes de guerre ou les bombardements. La question principale est: «nous n’avons pas pu le faire nous-mêmes». Et ce sentiment même d’échec se transforme ensuite en justification. La mort de gens ordinaires, la destruction des infrastructures et la ruine des villes sont redéfinies dans cette logique comme le «coût nécessaire de la liberté». L’attaque étrangère n’est pas considérée comme une catastrophe, mais comme un coup douloureux toutefois nécessaire.

Cette formation, cette configuration, elle aussi, ne doit pas être expliquée par un mépris superficiel. Oui, cet horizon est politiquement et moralement réactionnaire, et profondément dangereux. Mais elle n’est pas sortie de nulle part. Elle est née de la défaite, du désespoir, de la prison, de la répression et de l’effondrement de la confiance dans la possibilité d’une action collective à l’intérieur du pays. Dans le langage symbolique d’aujourd’hui, Yashar Darolshafa décrit ce pôle comme la «Nation du Lion et du Soleil». Ce titre n’est pas seulement une référence historique [emblème historique représentant la monarchie perse et le pouvoir]. Il désigne un projet politique contemporain: un nationalisme axé sur le renversement du régime actuel, prêt à s’associer à une guerre étrangère.

Le troisième peuple: anti-régime, anti-guerre et orienté vers une transition laïque

Mais l’Iran ne peut être compris uniquement à travers ces deux pôles. Le troisième peuple est la partie de la société qui s’oppose à la fois à la République islamique et à l’intervention étrangère. Pour de nombreux lecteurs et lectrices occidentaux, c’est probablement le visage le plus familier de l’opposition iranienne. Son horizon s’exprime à travers des mots tels que laïcité, républicanisme, droits civils, référendum, parlementarisme et transition pacifique. Du point de vue de ce courant, la solution ne réside ni dans la survie de la République islamique ni dans le bombardement du pays, mais dans l’ouverture de l’espace politique, le recul de la structure idéologique de l’État et l’évolution institutionnelle vers une république laïque.

Yashar Darolshafa situe ce groupe dans une histoire très spécifique: celle de l’intellectualisme religieux, du réformisme et de la pensée républicaine après l’échec du mouvement réformiste. Sa référence aux années 1990, aux revues de cette période et à des noms tels que Abdolkarim Soroush [penseur et philosophe musulman, développe une critique du clergé iranien dès les années 1990, il sera nommé professeur invité à Harvard, puis l’université Georgetown et au Centre de Berkeley pour la religion, la paix], Mohammad Mojtahed Shabestari [théologien chiite, il critique le monopole du pouvoir accordé au clergé chiite, lors de son mandat à l’Assemblée consultative islamique 1980-81], Akbar Ganji [journaliste, intellectuel, qui appartient à l’opposition à la République islamique dont il dénonce atteintes graves aux droits de l’homme, sera condamné à la prison], Hannah Arendt, Jürgen Habermas et Isaiah Berlin est importante précisément pour cette raison. Il souhaite montrer que cet horizon n’est pas nouveau. Il s’agit de la version transformée du même projet qui, autrefois, tentait d’orienter la République islamique vers une forme de laïcité compatible avec le marché, les droits de l’homme et le parlementarisme.

La même logique transparaît dans l’analyse de la guerre faite par ce courant. Les États-Unis et Israël sont des agents criminels, mais la cause profonde de la guerre remonte en fin de compte à la politique étrangère de la République islamique, à son projet nucléaire, à sa conception de la profondeur stratégique et à son idéologie d’État chiite. En d’autres termes, la guerre est comprise comme le résultat logique de l’aventurisme du régime, et non comme le produit de la structure agressive de l’impérialisme et du sionisme. C’est précisément sur ce point que Yashar Darolshafa met en évidence le fossé entre le troisième peuple et le quatrième.

Le quatrième peuple: ceux qui considèrent le changement sans justice comme une contre-révolution

Dans le texte de Yashar Darolshafa, le quatrième peuple constitue la formation la plus significative et la plus radicale. Sa différence par rapport au troisième peuple ne réside pas simplement dans le fait d’être plus radical. La différence se situe au niveau du cœur du problème lui-même. Le troisième peuple considère que le problème principal réside dans le «gouvernement religieux». Le quatrième peuple affirme que ce n’est qu’une partie du problème. Si le capitalisme, le travail salarié, la sous-traitance, la pauvreté, l’oppression nationale, la domination de genre, la subordination des femmes et des personnes queer, ainsi que la destruction de l’environnement par la logique du profit restent intacts, alors le changement de régime politique en soi ne résout rien.

Dans cette perspective, la République islamique pourrait tomber, et pourtant les mêmes relations fondamentales de domination et d’exploitation pourraient perdurer, sous un visage plus laïc et plus acceptable. Les travailleurs et travailleuses pourraient toujours être exclus du contrôle de leurs lieux de travail. Les femmes pourraient toujours rester prisonnières d’un ordre patriarcal. Les nations opprimées [Baloutches, Azéris, Kurdes…] pourraient toujours être confrontées à un État centralisateur. L’environnement pourrait toujours être sacrifié au profit et à la rente. Dans une telle situation, ce qui se serait produit n’est pas la liberté. Il s’agirait seulement du remplacement des gestionnaires d’un ordre inégalitaire.

Ici, Yashar Darolshafa établit une distinction fondamentale: celle entre «changement de régime» et «révolution». Pour le quatrième peuple, la révolution sociale est impossible sans révolution politique, mais une révolution politique sans révolution sociale est tout à fait possible. En d’autres termes, le régime peut changer tandis que la structure de domination reste intacte. C’est exactement ce que le quatrième peuple refuse d’appeler une révolution.

En ce sens, le quatrième peuple peut être décrit comme l’horizon de la classe ouvrière et des opprimé·e·s. Non seulement parce que, sociologiquement, ses composantes proviennent en grande partie de ces couches, mais parce qu’il est la seule force qui s’efforce de ne pas séparer la question de la liberté des questions du pain, du travail, de l’oppression nationale, du genre et de l’égalité matérielle. Il s’oppose au régime, à la guerre impérialiste, mais aussi à une opposition qui reporte la justice sociale à «plus tard».

Rompre avec la «gauche de l’axe de la résistance»

L’un des points les plus pertinents du texte de Yashar Darolshafa est la démarcation qu’il opère par rapport à ce qu’il appelle la «gauche de l’axe de la résistance». Cette tendance semble proche du quatrième peuple dans sa critique des États-Unis et d’Israël, mais selon lui elle échoue sur un point décisif: elle n’est pas disposée à accepter la nécessité d’une révolution politique contre la République islamique elle-même. Parfois, elle semble imaginer qu’une forme de transformation sociale puisse être menée depuis l’intérieur de l’appareil d’État, ou en s’appuyant sur certaines composantes de la structure dirigeante et des forces armées.

Yashar Darolshafa rejette ce point de vue. L’opposition géopolitique aux États-Unis ne confère pas, en soi, un caractère anti-impérialiste à la République islamique. Un régime qui est anti-ouvrier, réprime les femmes, promeut des politiques néolibérales et gouverne la société par le biais d’un appareil sécuritaire ne devient pas soudainement une force de libération simplement parce qu’il est en conflit avec l’Occident. Cette distinction est importante car elle sépare le «quatrième peuple» des deux camps à la fois: de la droite favorable au changement de régime et de la gauche qui croit en l’État.

La véritable force du texte de Yashar Darolshafa réside dans le fait qu’il montre que la principale fracture en Iran ne se résume pas simplement à savoir qui soutient la République islamique et qui s’y oppose. La question plus profonde est une lutte sur la signification même du changement. Pour le premier peuple, la survie du régime islamique passe avant tout. Pour le deuxième, la chute du régime à n’importe quel prix. Pour le troisième, une transition laïque et légale. Et pour le quatrième, la révolution sociale.

Il ne s’agit pas seulement d’un désaccord sur les tactiques. Chacun de ces projets se forge son propre peuple et s’exprime en son nom. L’un fait appel à la «nation de l’imam Hossein». Un autre invoque la «nation du Lion et du Soleil». Le troisième parle de la «nation iranienne» ou du «peuple d’Iran». Et le quatrième parle de la classe ouvrière et des opprimé·e·s. Le conflit ne porte pas vraiment sur les mots. Il porte sur l’hégémonie. Il s’agit de savoir quelle force parvient à se présenter comme la véritable voix politique de la société.

Pourquoi cet essai est-il important?

À une époque où l’Iran est souvent perçu soit uniquement à travers le prisme de l’État et de la guerre, soit uniquement à travers le langage des droits de l’homme et du jugement moral, Yashar Darolshafa nous rappelle qu’aucun de ces niveaux ne suffit à lui seul. On ne peut comprendre la guerre sans la classe. On ne peut comprendre la classe sans la répression. On ne peut comprendre la répression sans la géopolitique. Et aucun de ces éléments ne peut s’expliquer sans l’expérience vécue des forces réelles au sein de la société.

La personne qui meurt dans une mine [de charbon, de minerai], celle qui affronte les balles dans la rue [comme les 8 et 9 janvier 2026], celle qui scande des slogans lors d’un rassemblement d’État, celle qui salue les bombardements et celle qui parle de transition légale vivent toutes dans le même pays. Mais elles ne vivent pas dans le même monde socio-politique. C’est exactement la vérité que les récits simplistes sur l’Iran ne cessent de dissimuler.

Le texte de Yashar Darolshafa est important car il brise ce camouflage. Il fait descendre «le peuple» du niveau d’un mot sacré et abstrait pour le ramener sur le terrain concret, réel de la politique: celui des intérêts, des peurs, des souvenirs, des défaites et des horizons matériellement opposés.

L’Iran d’aujourd’hui ne peut plus être compris à travers la formule «le peuple contre le régime». Ce qui se passe n’est pas simplement un conflit entre l’État et la société. C’est aussi un conflit entre différentes formations au sein même de la société. Chaque projet politique invente son propre peuple, choisit sa propre douleur légitime, désigne son propre ennemi principal et définit son propre avenir souhaitable.

En ce sens, l’importance du texte de Yashar Darolshafa ne réside pas seulement dans cette désignation en quatre parties. Sa véritable importance est qu’il nous oblige à sortir du terme trompeur «le peuple» et à nous demander quelles forces se battent réellement pour redéfinir l’avenir de l’Iran. L’avenir de l’Iran ne naîtra pas d’une volonté nationale unifiée, mais de la lutte entre ces horizons opposés. (Article publié sur le site Fire Next Time, le 3 avril 2026; traduction et édition réaction A l’Encontre)

Siyavash Shahabi, journaliste indépendant iranien, réfugié politique à Athènes, anime le site Fire Next